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Vendredi 30 décembre 2005

Mon biker m’a offert un fils pour mes quatorze ans.

Il est aujourd’hui grand, 14 ans pour 43 kilos, il s’appelle Luce (la jeunesse) et mesure 9 mètres, c’est un Python.

Je me souviens de son arrivée chez moi, tout petit, de ses jeux : hiberner dans le système d’évacuation d’eau de ma terrasse et ressortir à l’autre extrémité chez ma voisine ; se cacher au pied du lit de la même voisine qui aujourd’hui maudit encore mon nom ; mu (sans mauvais jeu de mots) par l’amitié toute particulière qu’il portait à Ernest mon Hamster tueur.

Ernest avait égorgé mon premier bébé, Hubert hamster abricot à poils longs borgne - suite à un séjour prolongé dans un courant d’air- bien que très aimant et d’une grande aide pour Hubert tout au long de sa vie de souffrance, lorsqu’il dû choisir entre mourir de soif ou saigner l’infirme il n’hésita pas. A ma décharge, s’ils n’avaient pas cassée pour la énième fois leur pipette ils n’auraient pas eu de l’eau dans une coupelle en faïence qui n’aurait pas eu de reflets de lumière laissant à penser qu’elle était pleine. Bon ça va hein, la découverte d’Hubert tombant, du gant de toilette dans lequel il aimait à dormir, dans ma petite main –presque- innocente, ouvert en deux dans le sens de la longueur, tout sec avec sa petite gueule béante comme adressant son dernier cri au ciel fut une punition suffisamment sévère.

 Ernest était le plus malin des deux entraînant toujours mon Hubert dans ses périples dans le piano (3500 francs au total de frais de ré accordage) où au fur et à mesure du temps ils s’étaient installé un nid douillet avant qu’ils ne soient pris en flag’ sortant en courant d’en dessous lors d’un exercice particulièrement musclé. Donc Ernest se faisait la belle, il avait trouvé le moyen d’ouvrir les deux loquets qui maintenaient le couvercle de leur cage duplex, c’est dire si ces petites bêtes sont épanouies en cage. Honteux de l’odieux crime qu’il avait commis il s’enfuit la nuit du dit crime par le système d’évacuation de la terrasse. Pendant une année je l’avais imaginé s’évadant de mille manières, toutes plus improbables les unes que les autres, par les conduits pour finalement couler une vie libre et heureuse dans les verts paysages environnants. Jusqu’à ce que Luce entre dans ma vie. Tel un bras vengeur Luce sentit la présence plus qu’improbable d’Ernest un an après dans les conduits et n’eut de cesse que de vouloir les explorer, souvent le rongeur lui échappa, jusqu’au jour terrible où, acculé sur le lit de la voisine il succomba à l’étreinte mortelle de mon bébé chéri en direct live devant les rejetons fascinés de la propriétaire des lieux.

Peu de mal, pourquoi maudit-elle mon nom encore aujourd’hui ? Tout simplement parce que pendant l’année qui suivit ses charmants bambins n’eurent de cesse que de trouver un moyen d’obtenir un Python eux aussi, de guerre lasse Papa toujours en voyage d’affaire et ne craignant pas, contrairement à sa femme, les serpents leur en rapporta un. Mme X (par soucis de confidentialité) vécut dans la peur de croiser son hôte, première raison valable pour me détester. Ses têtes blondes finirent par quitter la maison sans pouvoir se « partager » leur Demon (prononcé démone en écho à mon Luce –pour Lucifer, oui je veinerais Satan et alors ?) le laissant à la bonne garde de leur mère dans leur ancienne chambre, Papa étant parti avec son assistante, Mme X. se retrouvait seule avec, à ses yeux, l'incarnation du Diable, raison valable de maudire mon nom, elle vit encore à l'heure où j'écris un calvaire.

Parce que c’est bien mignon ces petites bêtes là, d’ailleurs non, ce n’est même pas mignon, et ça ne s'alimente de petites bêtes vivantes, exclusivement, tout ce qui est mort est ignoré, enfin de petites bêtes… dans un premier temps, mais pensez-vous sérieusement qu’un Python de 9 mètres va se sustenter d’une, ou de plusieurs, pauv’ tites souris de laboratoire ?... Non, il faut des lapins, alors déjà la souris c’est pas évident à sacrifier mais le gentil lapinou…

Moi, je n’ai pas –encore ?- ce problème puisque mon Biker et moi avons opté pour une garde alternée 7 ans chez moi, 7 ans chez lui etc… Donc j’ai eu les premières années de mon bébé, nous avons dormi ensemble lui serré tout contre moi lové même autour de mon abdomen, heureux, moi maternant mon enfant tueur, non, un bonheur quotidien et une logistique gérable, mon mari quant à lui a eu les années difficiles, l’adolescence, l’agressivité (en même temps si il le nourrissait suffisamment il ne lui sauterait pas au visage) les fugues... mais il a géré ça avec brio, chéri si tu me lis, en lui construisant petit à petit un habitacle idéal et adapté à ses besoins. Car 9 mètres c’est très long, étendu c’est l’équivalent de 2 des murs (en gros) de la pièce où vous vous trouvez, alors même lové mon bébé a besoin de place et est mieux chez Papa.

Maman est une mauvaise mère mon chéri, elle n’a pas d’espace chez elle et, a vraiment envie d’avoir un Jack Russel vivant plus de 10 minutes. Tu es mieux chez Papa mon bébé, maman n’est jamais là, elle sort tout le temps, boit trop et te ramenera trop de beaux-pères hostiles et, puis tu es trop grand pour dormir avec elle, la dernière fois tu lui a presque cassé une côte, maman a cru que tu voulais la bouffer, elle le croit d’ailleurs toujours, non, mange plutôt la petite copine de papa, elle est beaucoup plus grasse que maman.

par centvingt publié dans : centvingt
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