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Lundi 11 septembre 2006

si j'etais un homme...

Commençons par le commencement, je n'aurais pas attendu des mois entiers, des années même avant d'avoir de la poitrine(et là une phrase me revient à l'esprit "tout ça pour ça"), je n'aurais pas cru à ce point en la cosmetologie et autres sciences du maquillage qui me permettraient, le moment venu, de pratiquer un extreme make over et de transformer le vilain petit canard que j'etais en superbe swann superficiel et lolita à mort, personne ne m'aurait intimé l'ordre d'arrêter le sport à 14 ans (sous couvert que mes abdos etaient saillants comme ceux d'un homme).

J'aurais continué et serais devenu un athlète dans sa superbe à 15 ans, de fille etrange et hardrockeusegothique, je serais devenue un ado mysterieux à souhait, la mèche rebelle en plus, jamais minet toujours rebel, je n'aurais pas été hapée par la superficialité et les rally et aurais continué à me cultiver avidement comme la petite chose obsessionnelle et intello que j'étais, je n'aurais pas eu mon complexe d'Electre (phase 1) à 15 ans et ne serais pas partie vivre avec mon premier petit copain, je n'aurais pas redoublé ma seconde, je l'aurais suivi maman sagement à Neuilly, avenue de Madrid et,  aurais fait une prépa comme tout le monde et pas une fac de revolutionnaire à Nanterre, elle n'aurait pas picolé comme une mondaine puis une alcoolique, puisque j'aurais été là, à ses côtés, lui rappelant ses devoirs, nous n'aurions jamais été en conflit, je ne l'aurais jamais rejetée parce qu'elle m' imposait une place que je refusais, au contraire elle m'aurait laissé toute ma place d'homme, je me serais épanoui, confiant, solide, rassuré dans ma masculinité par cette mère fragile qui avait tant besoin de moi, 

je n'aurais pas eu à souffrir d'être une femme, à refuser de le devenir, et à souffrir d'être reniée en tant que telle par les cancers, l'infertilité, les mutilations, j'aurais choisi un cursus d'homme, surement une bonne ecole de commerce et n'aurais pas tout planté sur un coup de tête pour saisir une opportunité dans le monde du travail et surtout emmenager avec un italien. J'aurais su dès le bac que j'étais voué à manager, à diriger, à entreprendre, que j'en avais les capacités, et le goût, je n'aurais pas eue ses gifles à l'ego lorsque jeune cadre ouvrant la porte à mes clients on me prenait pour la jolie hotesse, on m'aurait pris pour un jeune homme plein d'avenir, je n'aurais pas eu à faire le café et à le servir en souriant, hyper centrée sur mon attitude digne et chaleureuse, souhaitant être prise pour une personne serviable et non servile, contrainte à l'être, je n'aurais pas eu à attacher mes cheveux en catogan strict, à m'habiller de façon austère et classique pour être prise au serieux, à avoir l'air d'une petite souris discrète et bosseuse pour qu'on ne voit pas en moi qu'une grande blonde maigrichonne exhuberante juste bonne à faire les soldes privées mais pas à prendre des responsabilités au sein de l'entreprise.

Coucher avec la terre entière en cas de coup de blues ou de doute métaphysique n'aurait pas été un problème, au contraire, gagnant en experience, j'aurais gagné en assurance, en pouvoir de seduction. On ne m'aurait pas reproché mon caractère masculin, ces qualités auraient été louées, un vrai professionnel, on ne m'aurait pas regardé, à chaque fois que j'entrais dans une salle de reunion, avec un petit sourire au coin des lèvres, comme une poupée Barbie déguisée en femme d'affaire, on m'aurait admiré pour mon style, mon charisme et mon intelligence.

On n'aurait pas non plus essayé de me peloter l'air de rien entre deux briefs, ni contrainte à montrer mes nichons dans un train de banlieu sous la menace d'une bombe lacrymo, je n'aurais pas su ce qu'etait la peur, cette peur, si feminine de l'agresseur sexuel, les sueurs froides d'être suivie, du bruit d'un pas dans le metro, d'une ombre, la certitude de n'être, aussi forte que je suis, qu'une victime potentielle, vulnerable, incapable l'agression venue de faire quoi que ce soit, je n'aurais pas su cette peur là, ce "i'm just a girl", ces peurs là, tous ces interdits implicites faits aux filles. Je n'aurais pas eu la trentaine approchante à m'inquieter de la pression sociale, familiale, je devais d'abord faire carrière, j'etais dans mon boulot, les filles il y en avait, un jour le moment venu je trouverais la bonne, facilement, j'avais le temps, moi, homme que j'etais.

J'aurais été introspectif, mais le tour de la question aurait été vite fait et sans douleur, l'absence de mon père peut être, et encore il aurait peut être été là pour remplir son rôle, c'est important pour un garçon un père, en même temps absent, ça aurait été dur mais j'y gagnais ma mère pour moi, et des figures paternels qui ne sont pas des rivaux, donc tout benef pour finir un complexe d'oedipe correctement en evitant l'emasculination. Ce caractère introspectif, m'aurait egalement un peu separé du reste du monde, un delta, mes conquêtes ne me suivant que rarement, ou etant insatisfaisantes intellectuellement pas stimulantes, pas d'echanges d'egal à egal, mais ce n'aurait pas été un problème, moi homme j'etais le dominant de la relation, le plus malin, je n'avais pas à chercher une fille brillante, culitivée, belle et qui me comprenne, mon alter ego, non juste une fille ça suffirait.

Je n'aurais pas su ce que c'etait d'être une femme enfin, une fois les tempêtes de l'adolescence et du début de la vie adulte passées, je n'aurais pas su l'apaisement, la guerre parfois avec ce corps de femme douloureux, changeant, incontrolable, l'horloge biologique, je n'aurais pas su ce sentiment d'appartenance aux cycles immuables de la nature, cette communion avec le monde, et avec toutes les femmes de partout et de tout age, ce lien rejeté ou non avec les enfants, cet instinct maternel, toutes ces choses inscrites, primaires qui font une femme, on ne le devient pas, on l'est, dès la conception, mais on oublie et on redecouvre petit à petit et c'est rassurant de savoir qui on est.

Alors non, si c'etait à refaire je referai pareil, je reprendrai tout le package, les merdes avec, car je ne pourrai jamais renoncer à être femme.

par centvingt publié dans : centvingt
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Commentaires

... et tu n'aurais sans doute pas eu conscience de ce que les femmes vivent et endurent. Tu t'en serais foutu, macho à l'aise dans une société machiste.
Pourquoi pas, après tout, tu aurais évité les marches rapides dans le métro, la pression sociale à l'approche de la trentaine, et autres plaies dont souffrent les femmes : tu n'en aurais pas été une, pourquoi aurais-tu fait autre chose que d'ignorer ces victimes malchanceuses, de ne pas être nées garçon. Mais ça aurait été dommage, je trouve.
Sauf à avoir été homme et gay. On parie que tu aurais alors écrit un article de blog aussi long sur ta condition sociale difficile?
Bref, je sais plus où je voulais en venir.

commentaire n° : 1 posté par : De passage le: 15/10/2006 16:05:50
exactement là où je voulais en venir
réponse de : centvingt (site web) le: 28/10/2006 23:23:40

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